Numérisation de la médecine opérationnelle : « la transmission sécurisée de l'information médicale constitue un enjeu opérationnel majeur »
Grâce au programme e-SAN, le Service de santé des armées franchit une nouvelle étape dans la numérisation de la prise en charge des blessés en mission. Signée lors du salon Eurosatory, la lettre d'intention entre la France et les Pays-Bas ouvre la voie à une coopération inédite pour développer un système d'information interopérable au service des soignants militaires. Explications avec le médecin général Bacquey Vincent, officier général numérique.
À Eurosatory 2026, la France et les Pays-Bas ont signé une lettre d’intention autour d’e-SAN. Pourquoi cette étape est-elle stratégique ?
Médecin général (MG) Bacquey Vincent - Après une phase d'analyse de nos besoins, nous avons constaté que plusieurs de nos alliés développaient déjà des solutions répondant à certaines de nos attentes. Sur le volet conduite et commandement - dont l'objectif est d'organiser la prise en charge des blessés et la chaîne d'évacuation, ainsi que sur le volet traçabilité des soins - la solution néerlandaise s'est révélée particulièrement pertinente.
La lettre d'intention signée à Eurosatory, en juin 2026, marque le lancement d'une véritable co-construction. La solution néérlandaise sera enrichie grâce à la coopération d’équipes métiers des deux pays. Elle sera aussi adaptée pour répondre aux besoins spécifiques techniques et fonctionnels des armées françaises. Première brique numérique de la prise en charge des blessés de guerre, elle constitue une étape structurante pour la suite du programme e-SAN.
Demain, que changera concrètement e-SAN pour un militaire blessé, du point de blessure jusqu’à sa prise en charge à l’hôpital ?
MG Bacquey Vincent - L'ambition d'e-SAN est de proposer une suite d'outils cohérente couvrant l'ensemble du soutien médical opérationnel - soins médicaux et chirurgicaux, ravitaillement médical, planification, conduite de la manœuvre santé et conseil au commandement - et adaptée aux contraintes très spécifiques des opérations militaires (résilience et frugalité numérique).
La traçabilité numérique des soins qui auront été prodigués au blessé – comme les autres outils du programme e-SAN - vise à améliorer les conditions d’exercices des soignants militaires et in fine la prise en charge des malades et des blessés.
Le suivi en temps réel des patients, la connaissance des capacités disponibles dans les postes de secours ou les antennes chirurgicales, ainsi que la gestion du ravitaillement médical sont aujourd'hui largement gérés de manière « manuelle ». Demain, les informations nécessaires à ces analyses seront supportées par les outils du programme e-SAN, libérant ainsi du temps aux soignants au profit des patients.
Pourquoi développer e-SAN avec les Pays-Bas ? En quoi cette coopération renforce-t-elle l’interopérabilité et la souveraineté européennes ?
MG Bacquey Vincent - Au-delà de l'intérêt de partir d'un système existant que nous enrichirons ensemble, cette manière de travailler présente l’intérêt d’intégrer dès la conception les besoins d’interopérabilité avec les autres systèmes utilisés au sein de l'OTAN.
Cette interopérabilité est essentielle dans la perspective d'un engagement en coalition. Un militaire français peut être pris en charge dans une structure médicale alliée, tout comme le Service de santé des armées peut accueillir un militaire d'un pays partenaire. Dans ces situations, la transmission sécurisée de l'information médicale constitue un enjeu opérationnel majeur.
Qu’est-ce que le programme e-SAN ?
Développé depuis 2022, le programme baptisée e-SAN est composé de plusieurs systèmes. Il vise à sécuriser et unifier les données de santé des militaires.
Au-delà du suivi médical, e-SAN va mettre à disposition des équipes déployées des outils de commandement, de planification, de conduite et de ravitaillement médical nécessaires à la mission du Service de santé des armées, le soutien médical des militaires en opération.
Programme conduit conjointement par le Service de santé des armées et le Commissariat au Numérique de Défense (CND), son objectif est de numériser la prise en charge des malades et blessés en mission, depuis le point de blessure jusqu'au retour en France.
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