Podcast : accompagner la reconversion professionnelle des militaires blessés

Publié le : 08/07/2026

La reconversion des militaires blessés vers l’entreprise constitue un enjeu humain et professionnel majeur. Entre accompagnement médical, dispositifs de transition et rôle des employeurs, plusieurs acteurs se mobilisent pour sécuriser ces parcours et valoriser des compétences issues des armées.

© Défense mobilité

Podcast en partenariat avec Défense mobilité et le MEDEF - © Défense mobilité

Comment accompagner la transition professionnelle des militaires blessés vers le monde de l’entreprise ? Quels défis rencontrent-ils et quelles solutions existent pour favoriser leur réussite ?

Au fil des partages d’expériences et témoignages, plusieurs thématiques sont abordées : les blessures visibles et invisibles, l’accompagnement personnalisé des bénéficiaires, le rôle du tutorat, les retours d’expérience ainsi que les bonnes pratiques à destination des employeurs. Un échange riche en retours d'expérience qui rappelle que derrière chaque reconversion se trouvent des compétences, des valeurs fortes et des parcours inspirants, au service du renforcement des liens entre les armées et le monde économique.

Réalisé en partenariat avec Défense Mobilité et le Comité Liaison Défense du MEDEF, ce podcast donne la parole à des experts.

Écoutez le podcast ci-dessous :

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Orateur #0 : À toutes et à tous, ravi de vous retrouver pour ce podcast réalisé en partenariat avec le Comité Liaison Défense du MEDEF, consacré à un sujet à fort enjeu : la reconversion des militaires, et en particulier celle des militaires blessés vers le monde de l’entreprise. La reconversion des militaires est un sujet qui illustre très concrètement la rencontre entre deux univers : celui des armées, avec ses exigences, ses valeurs et ses compétences, et celui de l’entreprise, en constante recherche de talents, d’engagement et de sens. Derrière ces trajectoires, il y a des parcours riches, des compétences solides et une capacité d’adaptation remarquable. La question n’est donc pas seulement celle de la reconversion, mais bien celle de la mise en relation, de la compréhension mutuelle et des conditions de réussite de ces transitions professionnelles. C’est aussi, très clairement, une opportunité pour les entreprises de recruter autrement, d’intégrer des profils engagés et qualifiés et de créer des dynamiques collectives positives. Pour en parler, nous avons réuni aujourd’hui trois regards complémentaires. Celui de Dominique Rachel-Lévy, psychologue clinicienne spécialisée dans le psycho traumatisme, qui nous aidera à mieux comprendre les réalités des blessures, notamment invisibles, et leurs impacts dans le cadre professionnel. Dominique Rachel-Lévy, bonjour.

Dominique Rachel-Lévy : Bonjour.

Orateur #0 : Celui d’Arnaud Hello, chef de projet chez Orange et réserviste opérationnel, qui partagera une expérience concrète d’accueil et d’accompagnement de militaires blessés au sein de l’entreprise. Bonjour Arnaud Hello.

Arnaud Hello : Bonjour.

Orateur #0 : Et celui du colonel Pierre Pillebout, de Défense mobilité, qui nous présentera le rôle clé de cet acteur dans l’accompagnement des transitions professionnelles et dans la mise en relation avec les entreprises. Mon colonel, bonjour.

Colonel Pierre Pillebout : Bonjour.

Orateur #0 : Merci à tous les trois d’être avec nous aujourd’hui. Je me tourne d’abord vers vous, Dominique Rachel-Lévy. Avant de vous poser la première question, je rappelle que vous êtes psychologue clinicienne spécialisée dans le psycho traumatisme. Ce métier a été pour vous une reconversion après une carrière de commerciale dans l’industrie de l’armement pendant vingt-cinq ans. Forte de cette double connaissance du monde de l’entreprise et du traumatisme psychique, vous présidez le groupe de travail dédié à la reconversion professionnelle des militaires blessés au sein du Comité Liaison Défense du MEDEF. Dominique Rachel-Lévy, pouvez-vous expliquer ce qu’est la blessure chez le militaire et, plus particulièrement, le trouble de stress post-traumatique ?

Dominique Rachel-Lévy : Nous distinguons deux types de blessures : la blessure physique et la blessure psychique. Chez les militaires, les blessures physiques peuvent se produire lors de la préparation opérationnelle, lors d’opérations ou lors d’interventions dans le cadre de leurs missions. Le blessé militaire, en particulier le blessé de guerre, est souvent un patient polytraumatisé grave, souffrant de fractures, d’amputations, de traumatismes crâniens, de lésions vertébrales ou encore de brûlures graves. À terme, ces blessures peuvent laisser des séquelles à l’origine d’un handicap. Le deuxième type de blessure est la blessure psychique. On parle alors de trouble de stress post-traumatique. Il s’agit d’une pathologie psychique résultant d’un événement confrontant à la mort, au risque de mort ou à une blessure grave, pour soi-même ou pour autrui. Le trouble de stress post-traumatique se manifeste par quatre catégories de symptômes. En premier lieu, les reviviscences. Il s’agit de manifestations répétitives, involontaires et envahissantes du souvenir de l’événement traumatique. Cela peut se produire de jour, spontanément ou lors de l’exposition à des situations qui rappellent l’événement traumatique. Par exemple, une pétarade de moto peut rappeler une explosion. L’actualité peut ramener à des scènes de guerre, etc. Ces reviviscences peuvent également se produire la nuit sous forme de cauchemars. La deuxième catégorie de symptômes est l’évitement de tout ce qui pourrait rappeler l’événement traumatique : les films violents, les uniformes, les treillis, les bases militaires, etc. La troisième catégorie de symptômes correspond, dans notre jargon, aux altérations des cognitions et de l’humeur. Plus simplement, il peut s’agir d’une humeur négative persistante, d’une incapacité à éprouver des émotions agréables, ou encore d’une perte de motivation à réaliser des activités auparavant vécues comme plaisantes. Il peut également y avoir des croyances négatives persistantes et exagérées concernant soi-même ou le monde. Les personnes qui souffrent de stress post-traumatique peuvent aussi se sentir détachées d’autrui et avoir des difficultés à être empathiques par manque de connexion à l’autre. Enfin, la quatrième et dernière catégorie de symptômes correspond, toujours dans notre jargon, aux altérations de l’éveil et de la réactivité. De quoi s’agit-il ? D’irritabilité, de troubles du sommeil, de difficultés de concentration, d’hyper vigilance, etc. Voilà pour le stress post-traumatique. Et si j’ai distingué blessure physique et blessure psychique, je tiens à préciser que, parfois, ces deux blessures coexistent.

Orateur #0 : Je me tourne désormais vers vous, Arnaud Hello. Vous exercez la fonction de chef de projet sur des plateformes de services vidéo à la direction technique d’Orange France, tout en étant réserviste opérationnel dans la Marine nationale. En plus de ce double engagement, vous contribuez à fédérer les réservistes salariés de l’entreprise au sein d’une association qui conduit des projets mémoriels et solidaires, notamment pour le soutien à la reconversion des blessés avec la DRH du groupe Orange. Vous avez déjà accueilli des militaires blessés. Comment est né ce projet d’accueil de blessés chez Orange ?

Arnaud Hello : Ce projet est né d’une initiative interne portée par le réseau des réservistes d’Orange. En fait, ce sont eux qui ont eu l’idée de proposer ce dispositif à la direction des ressources humaines du groupe. En parallèle, nous avons rapidement créé un lien avec Défense mobilité pour structurer le projet. Pour l’anecdote, nous avons organisé notre première réunion de lancement à la veille du confinement lié à la crise du Covid. Cela n’a pas empêché le projet de se poursuivre par la suite. Ce projet est vraiment né d’un double dynamique : l’engagement de nos réservistes et un partenariat naturel avec Défense mobilité.

Orateur #0 : Nous sommes également avec le colonel Pierre Pillebout. Mon colonel, officier de l’armée de Terre, vous exercez la fonction de chef du bureau reconversion au sein de Défense mobilité, service du ministère des Armées en charge de l’accompagnement des transitions de carrière et des mobilités professionnelles vers un emploi civil des militaires ou anciens militaires, mais également de leurs conjoints et, plus exceptionnellement, du personnel civil des armées. Mon colonel, pourriez-vous nous décrire ce qu’est Défense mobilité ?

Colonel Pierre Pillebout : Défense mobilité met à disposition, tout particulièrement des militaires, une offre de service qui se veut personnalisée, adaptée et digitalisée, à travers des prestations d’information, d’orientation, de périodes en entreprise ou de formation dans le cadre d’un projet professionnel vers un emploi civil, dans le secteur public ou le secteur privé. Défense mobilité propose également une offre de service à destination des conjoints de militaires. Nous comptons un peu plus de 600 agents, avec un échelon de direction à Arcueil, dont la mission est de définir la politique ministérielle des transitions professionnelles, concevoir l’offre de services de Défense mobilité et piloter le réseau en charge de la reconversion et de l’accompagnement vers l’emploi. Ce réseau de proximité est constitué de cinq pôles régionaux (Paris, Rennes, Bordeaux, Marseille et Metz) et de près de 80 antennes de tailles diverses, dont cinq en outre-mer. Défense mobilité compte également dans ses rangs la mission de reconversion des officiers à Paris, le Centre militaire de formation professionnelle à Fontenay-le-Comte, qui assure des actions de formation, de remise à niveau, d’orientation ou de formation professionnelle en milieu militaire, ainsi que le Centre expert de traitement de l’indemnisation du chômage à Bordeaux.

Orateur #0 : Dominique Rachel-Lévy, pouvez-vous nous préciser comment la blessure psychique peut impacter l’activité professionnelle ?

Dominique Rachel-Lévy : Les impacts de la blessure psychique sur le plan professionnel peuvent être de plusieurs ordres. La performance opérationnelle peut être altérée occasionnellement par des troubles de la concentration ou par la fatigue liée aux troubles du sommeil, etc. La motivation, elle aussi, peut être fluctuante en raison des altérations de l’humeur. Les relations interpersonnelles, que ce soit avec la hiérarchie ou avec les collègues, peuvent également être altérées par l’irritabilité ou le détachement d’autrui. Certaines situations peuvent aussi être perturbantes, comme un environnement bruyant ou la foule, par exemple. Je tiens cependant à préciser qu’il ne s’agit là que de conséquences potentielles. Le trouble de stress post-traumatique se manifeste de façon différente chez chacun. Les symptômes que j’ai énumérés se combinent différemment d’un individu à l’autre : certains peuvent être absents, d’autres présents avec une fréquence et une intensité variables. Il me semble donc important que le militaire souffrant de stress post-traumatique puisse caractériser et partager les symptômes pouvant se manifester dans le cadre de son travail. Ainsi, l’entreprise pourra proposer des dispositifs de compensation des difficultés du blessé, en fonction des caractéristiques de son activité, bien entendu.

Orateur #0 : Cet échange est l’occasion de dire directement à celles et ceux qui nous écoutent qu’ils peuvent, eux aussi, être acteurs de ce type d’accompagnement. Mon colonel, pour conclure, pouvez-vous nous dire comment et pourquoi recruter un militaire blessé ?

Colonel Pierre Pillebout : Dans notre réseau, une soixantaine de chargés de relations employeurs sont à l’écoute des besoins des entreprises pour leur proposer des profils adaptés. Vous pouvez retrouver leurs coordonnées sur notre site internet. Défense mobilité compte un grand nombre d’employeurs partenaires, dont un réseau d’entreprises de grands comptes, nationaux et internationaux, engagés dans une politique volontariste d’action en faveur de la reconversion des militaires, et en particulier des militaires blessés. Orange en fait évidemment partie. Défense mobilité et Orange viennent justement ce mois-ci de renouveler leur partenariat à travers une nouvelle convention. Recruter un militaire est, à mon avis, une véritable opportunité pour l’entreprise. Les militaires, blessés ou non, ont développé au cours de leur carrière des compétences recherchées, et ce dans des domaines variés et souvent en tension : électronique, numérique, mécanique, logistique, maintenance, transport, protection de sites, etc. On dit souvent que plus de 400 métiers sont exercés dans les armées. Quant à leurs valeurs, elles constituent un atout pour l’entreprise : loyauté, engagement, sens du collectif, solidarité, discipline, autonomie. Les retours d’expérience des équipes accueillant des militaires blessés parlent d’eux-mêmes : émulation, solidarité, sens de la mission et résultats. Telles sont les retombées constatées. Je terminerai en disant que recruter un militaire blessé, c’est aussi participer à votre manière, avec vos moyens, à la reconnaissance que nous devons tous à ceux qui ont tant donné.

Orateur #0 : Nous arrivons au terme de cet échange. Ce qu’il faut retenir, c’est d’abord que la reconversion des militaires blessés repose sur un principe simple : il n’existe pas de parcours standard. Chaque trajectoire est unique et nécessite un accompagnement adapté, progressif et construit dans la durée, en lien étroit avec les réalités de la personne et du terrain. On voit aussi à quel point la préparation de cette transition est essentielle : prendre le temps de se reconstruire, tester des métiers, confronter un projet à la réalité grâce à des périodes en entreprise permet de sécuriser les parcours et d’éviter des erreurs d’orientation ou d’éventuels échecs. Côté entreprise, les clés de réussite sont très concrètes : un accompagnement humain, du tutorat notamment grâce aux réservistes qui jouent un rôle de passerelle, et une mobilisation collective des équipes. Ce sont ces éléments qui permettent une intégration réussie et durable. Autre point important : changer de regard. Comprendre que certaines blessures, notamment psychiques, peuvent avoir des impacts variables dans le travail et que des ajustements simples peuvent faire toute la différence. Comprendre aussi que les parcours ne sont pas toujours linéaires et que les étapes, y compris les réorientations, font partie du processus. Et puis il y a les résultats : les exemples évoqués montrent que lorsque l’accompagnement est bien pensé et que la rencontre fonctionne, les parcours peuvent être de vraies réussites, avec des évolutions professionnelles solides et durables. Enfin, il faut le redire clairement : recruter un militaire blessé, c’est à la fois un engagement et une opportunité. Les entreprises y trouvent des compétences, des profils opérationnels mais aussi des valeurs fortes — engagement, sens du collectif, adaptabilité — qui enrichissent les équipes. Au fond, tout repose sur une logique de rencontre et de confiance. Merci à nos intervenants pour la qualité de leurs éclairages, et merci à vous de nous avoir écoutés. À bientôt.

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