Projet médical « SSA – INI » : pierre angulaire d’une nouvelle communauté de santé pour les blessés militaires en cas d’un engagement majeur

Publié le : 30/07/2026

Face à l’évolution du contexte sécuritaire, le Service de santé des armées et l’Institution nationale des Invalides renforcent leur intégration au sein d’une « communauté de santé militaire ». Signé au printemps, ce projet médical fondateur vise à garantir une offre de santé militaire résiliente, capable de répondre aux besoins des blessés militaires, tant en temps de paix qu’en cas d’engagement majeur. Interview du médecin général inspecteur Serge Cremades, directeur des hôpitaux des armées.

© SSA

Médecin général inspecteur Serge Cremades, directeur des hôpitaux des armées - © SSA

Ce projet médical marque un tournant majeur dans les parcours de soins des blessés militaires. Quelle est sa genèse et son ambition ?

Médecin général inspecteur (MGI) Serge Cremades - Le Service de santé des armées (SSA) et l’Institution nationale des Invalides (INI) sont deux institutions séculaires dont la vocation est la prise en charge des militaires blessés. Elles ont toujours coopéré au soutien des armées. 

Le contexte d’engagement des armées impose de renforcer encore leur coordination. L’intégration de l’ensemble des établissements concourant à la prise en charge des blessés doit être assurée dans un seul but : garantir à chaque blessé la prise en charge la plus adaptée dans le cadre de parcours coordonnés. 

Ainsi, les établissements du SSA et l’INI deviennent les parties, différentes et complémentaires, d’une grande communauté de santé, en adaptation permanente, pour garantir la force morale de la Nation à travers le soin apporté à ceux qui la servent, aussi longtemps qu’ils en auront besoin.

Le projet médical « SSA – INI » en est l’étape fondatrice. Les coopérations décrites doivent permettre d’assurer une prise en charge globale et coordonnée, centrée sur les phases de rééducation, de réadaptation et de réhabilitation. Le projet médical s’articule autour de parcours de soins intégrés (physiques et psychiques, en temps de paix comme de guerre), de parcours professionnels croisés pour les soignants, d’un pôle de référence pour les appareillages complexes, d’une gouvernance partagée et souple et, à terme, d’indicateurs médico-financiers permettant un pilotage efficace.

Les activités médicales complémentaires déjà existantes de l’INI (soins médicaux et de réadaptations, psychiatrie, appareillage), dont le maintien est essentiel aux pensionnaires, sont mises au profit de tous les blessés, dans une logique de complémentarité avec le Service de santé des armées. Il s’agit par exemple de l’offre en matière de handicap sensoriel (dont basse vision) et la prise en charge spécialisée de neuro-urologie. L’offre de soins et les parcours décrits doivent être adaptés à une nouvelle démographie et à une nouvelle sociologie des blessés de guerre, notamment au travers des parcours des blessés psychiques.

« Les coopérations décrites doivent permettre d’assurer une prise en charge globale et coordonnée, centrée sur les phases de rééducation, de réadaptation et de réhabilitation. »

Quels sont les principaux objectifs de ce projet ?

MGI Serge Cremades - Très concrètement, le projet médical décrit l’ensemble des parcours de soins que ce soit en temps de paix ou en temps de guerre ainsi que le rôle des établissements à chaque étape dans la prise en charge d’un militaire blessé. 

Par exemple, tous les militaires blessés physiques graves opérés dans les hôpitaux des armées se verront proposer une prise en charge à l’INI pour consolider leur rééducation, leur réadaptation et leur réinsertion.

Les soins et l’accompagnement prodigués à l’INI pour des patients adressés par le Service de santé des armées auront pour but de : prodiguer des soins médicaux de réadaptation afin d’acquérir une autonomie, réadapter et réinsérer socialement et professionnellement une fois les lésions stabilisées et l’autonomie minimale acquise ; assurer la réhabilitation psycho-sociale des blessés psychiques ; appareiller en prévoyant la complémentarité avec les compétences du Service de santé des armées, en particulier de l’hôpital national d’instruction des armées Percy à Clamart ; et accompagner le militaire blessé vieillissant. 

Qui prend les décisions d’orientation et de prise en charge des blessés militaires ?

MGI Serge Cremades - Une réunion de coordination médicale met régulièrement autour de la table les praticiens en charge des blessés. Chaque dossier est étudié, de manière collégiale, et des orientations principales sur le parcours de soins sont décidées, dans le respect de la confidentialité médicale. La première réunion de ce type s’est tenue à l’hôpital national d’instruction des armées Percy, le 29 juin 2026. 

Concrètement, comment ce projet améliore-t-il la prise en charge des militaires blessés, en paix comme en engagement majeur ?

MGI Serge Cremades - Toutes les coopérations décrites se mettront en place dès le temps de paix, afin d’être en mesure de prendre en charge un afflux de blessés de guerre.

Tandis que les hôpitaux des armées se concentrent sur la prise en charge aiguë des militaires blessés, l'Institution nationale des Invalides (INI) apporte ses expertises spécifiques en réadaptation et réinsertion sur le temps long. Par ailleurs, les capacités de rééducation de l’INI viendront compléter l’offre de soins des hôpitaux des armées.

En temps de guerre, l’INI sera, comme les hôpitaux des armées, dédiée à la prise en charge des militaires blessés et notamment des soignants blessés.

L’engagement majeur n’est désormais plus une hypothèse mais une éventualité à laquelle chacun doit se préparer. Au même titre que les armées, le SSA et l’INI se mettent en ordre de bataille afin d’assurer leur mission de soutien des forces, que ce soit sur les théâtres d’opérations ou, dans une deuxième phase, sur le territoire national.

Le document parle beaucoup de « renforcement de la militarité » de l’INI. Que signifie concrètement ce terme ?

MGI Serge Cremades - Renforcer la militarité signifie deux choses. Tout d’abord, c’est augmenter la part de la patientèle militaire à l’INI. Cela passe par une amélioration de l’adressage des patients issus des hôpitaux des armées ou des centres médicaux des armées vers l’INI.

Ensuite, c’est augmenter la part de militaires affectés à l’INI. Au même titre que leurs camarades des hôpitaux des armées, les personnels militaires de l’INI assureront le maintien opérationnel de leurs compétences et participeront à des exercices et aux projections opérationnelles.

Renforcer l’intégration des établissements de la communauté de santé militaire, c’est aussi proposer des parcours professionnels plus riches et diversifiés à nos soignants. Cela renforce l’attractivité de nos métiers, et ce vers les futurs soignants militaires. 

La promotion de nos métiers se fera désormais en commun, notamment vers la jeunesse : le Service de santé des armées et l’Institution nationale des Invalides recrutent !

Quels sont les prochains rendez-vous clés pour ce projet médical ?

MGI Serge Cremades - La mise en œuvre est déjà lancée. L’amélioration des adressages réciproques sera l’un des indicateurs de concrétisation du projet médical. Un premier RETEX (retour d’expérience) sera conduit d’ici la fin d’année 2026 et pourra aboutir à de nouvelles actions. 

Tout soldat, marin, aviateur, tout ancien combattant doit savoir que la communauté de santé militaire est au rendez-vous de nos défis communs. Nos soignants resteront au chevet de ceux qui servent, quelles que soient les circonstances, et s’il le faut, de la première ligne jusqu’au retour auprès de leurs proches.

Partager la page

Veuillez autoriser le dépôt de cookies pour partager sur


À la une