Le projet PsyGen récompensé par le Prix 2025 de la Fondation des Gueules Cassées
Soigner des troubles psychologiques spécifiques aux forces armées grâce à un traitement personnalisé ? C’est l’ambition explorée par le projet PsyGen, une recherche clinique innovante dédiée à la prise en charge des blessures psychiques des militaires, porté par le pharmacien en chef Hervé et le médecin principal Emeric, biologiste et psychiatre à l’hôpital national d’instruction des armées Bégin. Un projet récompensé, jeudi 22 janvier par le Prix 2025 de la Fondation des Gueules Cassées.
Une distinction symbolique à plus d’un titre : c’est la première fois qu’une équipe de médecins militaires est primée, et c’est aussi la première fois qu’une équipe travaillant autour des questions de psychiatrie reçoit ce prix décerné par la fondation des Gueules cassées.
Une reconnaissance pour la psychiatrie militaire
Pour le médecin principal Émeric, cette récompense vient avant tout saluer un travail collectif de longue haleine : « Ce prix, c’est la reconnaissance du travail accompli par notre équipe. C’est aussi particulièrement symbolique puisque c’est la première fois qu’une équipe du Service de santé des armées est primée et c’est aussi la première fois qu’une équipe qui travaille en psychiatrie reçoit ce prix. »
Un sentiment partagé par le pharmacien en chef Hervé, qui souligne également l’implication du laboratoire de pharmacogénétique de l’HNIA Bégin : « Ce prix récompense également le travail de l’ensemble de l’équipe de pharmacogénétique de l’hôpital national d’instructions des armées (HNIA) Bégin et souligne l’intérêt de leurs réflexions dans la prise en charge quotidienne des patients. »
À l’origine de PsyGen : un constat clinique
Le projet PsyGen est né de la rencontre entre deux expertises complémentaires. Pour le pharmacien en chef Hervé, la pharmacogénétique des antidépresseurs est un sujet qu’il porte depuis son concours d’agrégation. Le véritable déclencheur survient il y a six ans, lors de sa rencontre avec le médecin principal Émeric, alors confronté à des difficultés récurrentes dans sa pratique clinique. « Nous utilisons quotidiennement les antidépresseurs qui constituent le traitement de première ligne de nombreux troubles psychiatriques, et notamment du trouble de stress post-traumatique chez le militaire. Ces traitements posent des problèmes dans leurs modalités de prescription. Aussi, leur inefficacité et les effets secondaires, qui peuvent apparaître, gênent l’observance et donc la bonne adhésion aux soins des patients », explique le psychiatre.
En effet, seuls un tiers des patients dépressifs répondent favorablement à une première molécule, et il faut environ quatre semaines pour en évaluer l’efficacité. Après quatre molécules successives (soit environ 16 semaines d’évaluation), seulement deux tiers des patients sont répondeurs Pendant ces phases d’ajustements, les patients sont exposés à des effets indésirables (fatigue, prise de poids, troubles digestifs), qui peuvent altérer leur adhésion au traitement.
La promesse de PsyGen : prescrire le bon traitement dès le départ
Face à ce constat, PsyGen propose un changement de paradigme. Alors que les recommandations actuelles préconisent le recours à la pharmacogénétique en cas d’une inefficacité d’un traitement antidépresseur ou de la survenue d’effets indésirables (approche dite a posteriori), le projet explore l’intérêt d’une approche a priori.
« L’idée de PsyGen est d’évaluer l’intérêt de la réalisation de ces examens de pharmacogénétique avant instauration d’un traitement antidépresseur pour guider son choix (approche dite a priori). En bref, il s’agit de personnaliser le traitement - d’un point de vue génétique - pour écarter les molécules pour lesquelles il existe un réel risque d’échec thérapeutique », résume le pharmacien en chef Hervé.
Le médecin principal Émeric insiste : « La psychiatrie ne se réduit pas du tout à la biologie : c’est d’abord une rencontre basée sur l’humain. Mais lorsqu’on parle de médicament, il est important de comprendre qu’un médicament passe par des voies biologiques qui, elles-mêmes, dépendent de la génétique. Avec le projet PsyGen, on a utilisé la génétique pour prescrire d’emblée le bon traitement, sans passer par des phases de réévaluation successive. »
Une application concrète au parcours de soins des militaires
Concrètement, la prise en charge débuterait par un entretien avec le patient et la réalisation d’une évaluation clinique soigneuse. Si un traitement antidépresseur est indiqué, une prise de sang serait proposée au patient afin de réaliser une analyse génétique, avec son consentement. Le laboratoire de l’HNIA Bégin s’est adapté pour fournir les résultats en moins de huit jours, un délai compatible avec la pratique clinique. Dans l’attente des résultats, un traitement symptomatique temporaire est proposé. Une fois les résultats obtenus, un rapport génétique guide le médecin dans le choix du traitement le plus adapté.
Des résultats prometteurs issus d’un essai rigoureux
L’étude PsyGen repose sur un essai randomisé, ce qu’il y a de plus rigoureux, dans ce type de recherches. Une centaine de patients militaires, hommes et femmes, souffrant de troubles anxieux généralisés, dépression ou encore troubles de stress post-traumatiques, ont été répartis aléatoirement en deux groupes : l’un recevant une prescription classique, l’autre bénéficiant d’une prescription guidée par la pharmacogénétique.
Les patients ont été suivis pendant un an, avec des évaluations cliniques, paracliniques et biologiques régulières.
Algorithme, mais pas intelligence artificielle
Si PsyGen s’appuie sur des outils automatisés, il ne s’agit pas à proprement parler d’intelligence artificielle.
« Nous utilisons un algorithme qui donne un résultat de manière automatisée. Ce procédé permet de minimiser la variabilité d’interprétation par le biologiste. Grâce à cela, quel que soit le jour ou le moment de la réalisation de l’examen, l’interprétation reste la même pour éviter des erreurs d’interprétation. », précise le médecin principal Émeric.
Et demain ?
Les résultats intermédiaires de l’étude PsyGen sont encourageants. Si les résultats définitifs confirment ces premières observations, le traitement pourrait être pérennisé et appliqué dans la pratique quotidienne, pour l’ensemble des patients militaires pris en charge pour des troubles psychiques au sein de nos hôpitaux militaires.
Enfin, une analyse médico-économique viendra compléter le projet. « Les examens génétiques réalisés dans le cadre de notre étude coûtent environ une centaine d’euros par patient, un coût a priori assez élevé pour un examen de biologie médicale. L’enjeu est de savoir si le coût de l’examen génétique engendre une économie sur les coûts de santé et un gain de qualité de vie pour les patients », conclut le pharmacien en chef Hervé.
À la une
Allocation rechute : un dispositif d’indemnisation pour les anciens militaires
Lorsqu’un ancien militaire est victime d’une rechute d’une blessure ou d’une maladie imputable au service, ...
13 mars 2026
11 mars : le témoignage d’une assistante sociale auprès des victimes du terrorisme
À l’occasion de la Journée nationale d’hommage aux victimes du terrorisme, le témoignage de Nathalie, assistante so...
11 mars 2026
Des consultations d’imagerie médicale aux Invalides
L’Institution nationale des invalides (INI), établissement sous tutelle du ministère des Armées et des Anci...
10 mars 2026